Émancipation

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Internationalistes

Contre «l’Union Sacrée du Climat»

Aujourd’hui, plus d’un tiers de tous les capitaux spéculatifs est déjà impliqué dans des projets liés aux énergies renouvelables et propres. Les mêmes entreprises qui ont récemment falsifié les indicateurs de pollution de leurs voitures diesel, ainsi que les états qui les soutiennent, prétendent maintenant être à la tête d’un «mouvement» pour «sauver la planète» des combustibles fossiles et du changement climatique.

Le plus grand transfert de revenus du travail vers le capital depuis la dernière grande guerre

Dans un souci d’amour du climat, de l’Homme et de la Nature? Bien au contraire, parce qu’ils voient dans le changement des technologies et des infrastructures vers le transport électrique et la production d’énergie propre une opportunité de placement massif de capital investi. Tout ceci à un moment où il y a un manque de placements rentables pour une masse énorme de capital accumulé, un manque qui explique les taux d’intérêt négatifs. Mais pour rentabiliser ces investissements, il ne suffit pas d’avoir des entreprises engagées dans les voitures électriques et les éoliennes. Il faut qu’il y ait une demande qui achète l’énergie, les voitures et les services qu’elles produisent. Et la vérité est que le transport routier et la production d’électricité propre sont encore plus chers que les plus anciennes alternatives. Les investissements ne seront pas rentables s’il n’y a pas de «politique d’État», c’est-à-dire des subventions pour réduire le risque d’investissement, des impôts à la fois pour raccourcir la distance de coût entre une source d’énergie et l’autre et pour financer les coûts supplémentaires de «transition» pour l’État, et des réglementations pour interdire, par exemple, l’utilisation du charbon dans la production d’électricité.

Le changement des modèles de production d’électricité, de transport et de production agricole implique la mise en œuvre d’un changement technologique. Mais il est essentiel de comprendre que ce n’est pas la technologie en soi qui va permettre, comme par magie, l’accumulation, mais le transfert du revenu du travail vers le capital. La technologie est purement instrumentale et est développée non pas par l’ingéniosité de chercheurs solitaires mais par la demande et l’investissement de capital intéressé. C’est pourquoi les nouvelles technologies, supposées plus «renouvelables», doivent avant tout être plus productives. Cela ne signifie pas la productivité physique, la quantité de produit obtenue par heure de travail moyen, mais la productivité pour le capital: la quantité de profit produite par chaque heure de travail contractée. C’est pourquoi une réglementation étatique globale est au cœur de la «transition écologique»: les impôts et les réglementations ne modifient pas la capacité physique de production mais modifient le profit escompté par heure de travail social exploité.

C’est la logique de toute «révolution technologique» dans le capitalisme. La cause n’est pas que le capitalisme «s’adapte aux nouvelles technologies», mais que les technologies ne sont pas considérées comme viables si elles n’augmentent pas la productivité du point de vue du profit, c’est-à-dire si elles ne servent pas à augmenter le pourcentage du revenu du capital par rapport à la production totale.

Le capitalisme est un système d’exploitation d’une classe par une autre. Son but n’est pas de produire des voitures et certainement pas de sauvegarder le climat. Son seul but est d’augmenter le capital en produisant et en intensifiant l’exploitation à chaque cycle de production. Sous la promesse de paysages urbains verts et utopiques modélisés numériquement, de voitures électriques silencieuses et non polluantes, se cache, comme toujours, la dure réalité de la lutte des classes. Tout ce renouvellement global des sources d’énergie, des transports et des infrastructures de production industrielle qu’ils imaginent capables de «redémarrer» le cycle global du capital n’est rien d’autre que le plus grand transfert de revenus du travail vers le capital depuis la seconde guerre mondiale.

Une campagne idéologique mondiale

La vague de «gilets jaunes» en réponse à la «loi sur la transition verte» de Macron a révélé que les politiques de «transition énergétique» n’allaient pas être acceptées passivement par la population. Depuis lors, une campagne idéologique écrasante est en cours. Il y a d’abord eu les tentatives d’étendre à toute l’Europe les manifestations d’enfants organisées par les écoles publiques suédoises. De là, Greta Thunberg est apparue comme une icône mondiale du «défi aux gouvernements» pour des «mesures concrètes et urgentes». Les mêmes mesures auxquelles s’opposaient violemment dans les rues des masses de travailleurs et de petits propriétaires ont été dénoncées comme tièdes et même critiquées par les participants d’une «grève générale mondiale pour le climat» fantomatique que les journaux et les chaînes de télévision du monde entier ont rapporté se produire… ailleurs. Orson Wells et Orwell se seraient sentis justifiés. Puis la campagne verte a non seulement bénéficié d’un temps d’antenne à la télévision jusqu’à ce qu’elle devienne écrasante, mais elle s’est tournée de plus en plus vers un message apocalyptique : le changement climatique entraînerait l’extinction de l’espèce en l’espace d’une génération. C’est une fausse conclusion qui n’est pas du tout soutenue par un consensus scientifique. Mais elle reflète le sentiment d’urgence qui anime la bourgeoisie et n’est pas du tout «climatique».

Si la technologie est instrumentale, l’idéologie l’est encore plus. Les discours apocalyptiques sont des outils pour imposer des sacrifices aux travailleurs dans la poursuite du «bien commun», c’est-à-dire l’accumulation du capital. Il s’agit de présenter une situation d’exception et d’alarme qui justifie les réductions et l’assujettissement de la classe ouvrière. Tout ceci dans un effort combiné pour produire de nouvelles destinations rentables pour le capital fictif et spéculatif afin que ce capital puisse échapper -temporairement- à la tendance à la crise.

Une transition verte kaki… d’oie

Ce «green deal» n’implique pas seulement une redistribution massive des revenus en faveur du capital, il augmente également la pression exercée sur les conflits impérialistes. La «transition verte» est irréalisable sans gaz naturel et très difficile sans uranium. Les mêmes états qui sont menacés d’être coupés du commerce avec les grands marchés si leur «Empreinte carbone» commence à être utilisée avec toutes les conséquences comme une barrière non tarifaire, s’avèrent détenir la clé des énergies «de transition» qui rendent possible le geste qui les exclut des grands marchés. Ou du moins, ces pays ont la possibilité de se battre pour les énergies de transition. Comme si les cataclysmes qui accompagnent les guerres commerciales et les poussent vers la militarisation n’étaient pas assez dangereux, la «sortie verte» imaginée par le capital les accélérera encore plus. Le scénario n’est plus celui d’une crise et d’une récession industrielles mondiales, d’une guerre commerciale, de tensions impérialistes et d’attaques de plus en plus directes sur les conditions de vie, de retraite et de travail. A tout cela, il faut maintenant ajouter la restructuration de l’industrie et des transports et sa conséquence immédiate: une nouvelle poussée mondiale vers le conflit impérialiste.

Contre «l’union sacrée climatique»

Le «pacte vert», la «transition énergétique» et le «new deal vert», ne peuvent guère cacher le fait qu’ils font partie intégrante de la réponse du capital à la crise. Ils sont basés sur une exploitation accrue, renforcent la tendance à l’appauvrissement généralisé et accélèrent le glissement vers une guerre généralisée.

La campagne écologique de la peur progresse parmi les exaltations mystiques de l’extrême austérité faussement «solidaire avec la planète». En tout cas, elles sont solidaires d’un capital qui réclame tous les «sacrifices» utiles à sa rentabilité. Mais rien de plus. Ils stigmatisent la «consommation» parce que la consommation est la forme sociale par laquelle, sous le capitalisme, la satisfaction des besoins des travailleurs est réalisée. Nous faire sentir coupables de consommer et de lutter pour obtenir plus de salaires et défendre nos conditions de vie, c’est nous reprocher de ne pas nous laisser exploiter de plus en plus intensément.

Sous le discours apocalyptique et les menaces d’extinction de l’espèce, on essaie de nous encadrer dans une «union sacrée climatique», de nous convaincre que ce n’est qu’en « resserrant les rangs » avec la bourgeoisie, en défendant la marche du capital national par de nouveaux sacrifices, que nous pourrons «sauver la planète». Ce dont nous devons nous sauver, en nous en débarrassant, c’est d’un capitalisme déjà anti-historique, inutile et destructeur, et qui ne va pas être moins destructeur, mais plus encore, en changeant sa base technologique et en se peignant en vert.

En réalité, la seule chose qui puisse transformer, solidariser et faire advenir l’avenir est d’affirmer, devant chaque exigence de «sacrifices pour le bien commun» du capital, nos besoins de travailleurs, qui sont des besoins humains génériques et universels: conditions de vie, santé, bien-être, réduction de la journée de travail, liberté de se battre…

Prolétaires de tous les pays, unissez-vous, abolissez les armées, la police, la production de guerre, les frontières, le travail salarié!